Henri Bosco par Jean Orieux





Extrait du bulletin d'information des éditions Flammarion (en janvier 1951) pour la sortie du livre "Un Rameau de la Nuit".


Si on voulait situer et définir l'œuvre d'Henri Bosco parmi les œuvres littéraires de notre temps, on s'apercevrait qu'elle ne s'apparente à aucune.

Henri Bosco a crée, à côté et sans doute au-dessus des préoccupations littéraires de ce temps, un univers qui se développe en profondeur et en altitude comme un de ces chênes-verts des montagnes calcinées de sa dure Provence, ce "Rameau de la Nuit" est un rameau de cet arbre à bois de fer, puissamment ramé, puissamment raciné, habité d'oiseaux et de messages harmonieux.

Cet arbre s'appelle Bosco et ses ramures s'appellent "Irénée", "Hyacinthe", "l'Ane culotte", "le Mas Théotime", "Malicroix".

Cette œuvre, d'une unité profonde, vient de pousser un de ses rejets les plus vigoureux.
Ce rameau de la nuit, par la magie de l'évocation, par la vérité de la peinture, par les passions sourdes et vertigineuses en quoi se mêlent les êtres et le monde, nous jette dans un univers irréel que Bosco nous fait palper, où nous respirons, où nos yeux voient clair dans une lumière qui n'est pas celle du soleil mais celle des âmes.

Ce "Rameau de la nuit" nous découvre l'univers éblouissant des passions, des tendresses , des répulsions, des affinités, des accointances des êtres et de l'Univers ; de ces forces qui font tournoyer nos destins en nous laissant l'illusion de les conduire, alors qu'elles nous accordent à peine le droit de les entrevoir. Qu'Henri Bosco ait écrit, en 1950, une œuvre d'une telle portée, d'une telle élévation suffirait à entretenir dans la littérature du demi-siècle ce courant de spiritualité que certains souillent de leur bassesse, et que d'autres ne veulent pas voir.

Cette grande œuvre existe : la voici. C'est "Un Rameau de la Nuit".
Elle est grande, non seulement parce qu'elle porte un message grandiose, mais parce qu'elle nous bouleverse.
L'œuvre est empreinte d'une passion qui m'a passionné.

Ce roman est une grande œuvre parce qu'elle est plus forte que son lecteur, parce que l'art du conteur, l'art de l'humaniste, la tendresse du poète, le tragique du barde - car il y a un barde en Bosco, et inspiré - parce que les êtres qu'il offre à mon amitié, à ma crainte, à ma joie, à ma sensualité, à ma haine réussissent toujours à tirer de moi ce qu'ils ont choisi.

Ma lecture c'était eux ; moi je n'étais qu'un comparse qu'ils se sont renvoyé de page en page, de chapitre en chapitre ; un cœur, une âme, une pauvre raison essoufflée par la course vertigineuse à travers les mystères du monde, des choses, et de son ombre.