Extrait de "La Provence de Bosco"
par Georges Raillard aux Editions Edisud


           

Les Médiateurs


Braque ou Cézanne, Van Gogh où Guigou ont peint la Provence. Mais surtout, ont peint à partir d'elle. Elle a été pour eux un sujet, "un motif", comme on dit, mais surtout, pour chacun, un révélateur de ce qui peut se faire en peinture.

Et il ne viendrait à l'idée de personne de classer ces oeuvres suivant leur sujet apparent : L'Estaque ou Saint Victoire ou Le Lez- qui coule, maltraité, le long de Pertuis et que peignit Guigou-, les champs, la pierraille, les cyprès, les braques, les les châteaux, les bastidons...

La spécificité de l'univers peint, qui tient à la spécificité de la peinture, l'emporte sur le sujet, ou du moins ces apparences ne laissent pas oublier les conditions de leur apparition. Ce qui est truisme en peinture au point qu'aujourd'hui le mouvement s'inverse et qu'on entreprenne, chez les délicats, blasés de modernité, de revaloriser le seul "sujet", ce qui est truisme en peinture, n'est pas toujours bien admis en littérature.

Pour donner l'idée d'un livre, on le "résume", on dit ce qu'il en est des choses dont il traite, des sources qui l'irrigueraient et, dans les malheureux livres pour les collégiens, on n'avait pas trouvé mieux que d'ouvrir des rubriques intitulées "littérature régionaliste" où le partage se fait selon les provinces, selon les cantons de ces provinces!

Piètres distinctions, pour guides touristiques. Ainsi le parallèle Bosco/Giono n'a pas, ne peut avoir plus de consistance que tous les autres parallèle académiques. Ni on ne les distinguera l'un de l'autre par la nature de la terre où ils se sont enracinés. Ni on ne les opposera. Ils sont du tout extérieurs l'un à l'autre.


Pour clore un débat sans portée, je transcris ces mots de Bosco sur Giono, tels que les rapporte Jean Pierre Cauvin dans son livre "Henri Bosco et la poétique du sacré" (Klincksieck,1974) :

"J'ai aussi une grande admiration pour son génie lyrique, je trouve qu'il a vraiment un contact avec la nature vue panthéistiquement, n'est-ce pas? Aussi vue comme une sorte d'être.

Vous voyez, nous sommes apparentés tout de même. Du reste, il est Italo-français comme moi. Je n'ai pas de relations personnelles avec lui. Je l'ai vu une fois avant de publier quoi que ce soit ici, avant Colline."

Bosco, ensuite, se défendant de juger l'expérience du Contadour, remarque simplement que lui, ça ne "l'attirait pas". Au reste, donc parenté, comme avec ceux qui ont, en profondeur, le sentiment de la nature. Un parent qu'il n'a pas fréquenté. Au contraire de Joseph d'Arbaud, avec qui il fut lié d'amitié. Et qui, lui, peut bien être tenu pour un "médiateur". La Bête du Vaccarès est un chef-d'oeuvre. Bosco l'a dit et redit. Un chef-d'oeuvre qui l'a fortement marqué. Sans doute parce qu'ils étaient de la même terre, qu'ils y installaient l'un et l'autre leurs fictions, Bosco a encore plus été marqué par d'Arbaud que par Maurice de Guérin, dont il aimait beaucoup, pourtant, le Centaure , livre, aussi des forces paniques.