In memoriam

Claude Girault

 


Avec la discrétion et la courtoisie qui étaient  ses seuls luxes, Claude Girault nous a quittés le 3 août 2007. Toute la communauté des amis d’Henri Bosco est en deuil de celui qui fut un incomparable animateur et ambassadeur des études bosquiennes, aux qualités humaines aussi exceptionnelles que ses qualités scientifiques.

 

Né à Cherbourg le 28 novembre 1926, agrégé d’allemand, Claude Girault a mené une brillante carrière d’enseignant et de chercheur, achevée à l’Université de Caen où il était Professeur émérite de langue et littérature allemandes. Homme de vaste culture, sa passion pour les grands romantiques allemands ne l’empêchait pas d’être un fin connaisseur de la littérature française la plus contemporaine, y compris dans les avant-gardes poétiques qu’il pratiquait assidûment dans son jardin secret.

 

Mais c’est à l’œuvre d’Henri Bosco qu’il avait voué le meilleur de sa recherche, depuis sa rencontre avec l’écrivain, en 1962, au château de Lourmarin. Dès lors, Claude Girault consacrera tous ses efforts à faire connaître et aimer cette œuvre, en France et à l’étranger. Il est sollicité à plusieurs reprises pour assurer des cours sur l’œuvre de Bosco en Allemagne, dans les universités de Würzbourg et de Göttingen. En 1966, il organise  une grande manifestation en l’honneur de Bosco à la Maison de la Culture de Caen. Et il participe bien sûr à la création, en 1972, du « Fonds de documentation Henri Bosco » à la bibliothèque de l’Université de Nice. Claude Girault sera d’ailleurs l’un des premiers conseillers de l’association qui allait devenir « L’Amitié Henri Bosco », et dont il devint le Secrétaire Général en 1979, puis le Président à partir de 1985, succédant au Professeur Jean Onimus qu’une terrible coïncidence a fait disparaître le même jour que lui.

 

Une véritable amitié s’était nouée entre Henri Bosco et Claude Girault, et quelque temps avant sa mort en 1976 l’écrivain lui confia le soin de veiller sur la destinée de son œuvre. Avec une fidélité et une exigence exemplaires, Claude Girault s’acquittera irréprochablement de cette haute mission, en publiant notamment en 1978 le roman Une Ombre, resté inachevé à la mort de Bosco. De nombreux autres textes inédits seront publiés, grâce aux soins de Claude Girault, dans les Cahiers Henri Bosco, publication de « L’Amitié Henri Bosco »  dont il était le rédacteur en chef, et à laquelle il donnera progressivement une qualité éditoriale et un rayonnement qui en font aujourd’hui une revue de référence internationale.

 

A l’initiative de nombreux colloques et journées d’étude consacrés à l’œuvre de Bosco depuis 1975, Claude Girault savait apporter dans chacune de ses interventions ou conférences l’érudition la plus haute, la ferveur la plus communicative et la modestie la plus totale. Inlassable passeur de l’œuvre de Bosco, il a fait naître et encouragé de nombreuses vocations de lecteurs et de chercheurs. Fidèle à ses convictions de pédagogue et d’humaniste, il trouvait toujours le temps et la confiance pour encourager un jeune étudiant par un courrier chaleureux, aider un chercheur par des conseils experts et de généreux envois de documents, répondre longuement à chacun de ses innombrables correspondants et amis, membres de « L’Amitié Henri Bosco » et autres, qui tous peuvent témoigner de son indéfectible disponibilité, de sa constante bienveillance et de son extrême courtoisie.

 

Ses travaux personnels, qu’il refusait toujours de mettre en valeur, ont apporté une impulsion et une contribution absolument décisives aux études bosquiennes. Son exemple et sa personnalité continueront de guider et d’éclairer tous les lecteurs et amis de Bosco, à l’instar de cette lampe dont Claude Girault avait fait son symbole préféré dans une œuvre dont il était le meilleur connaisseur et le plus subtil exégète. Lui dédicaçant une photo prise par René Isner dans le cabinet de travail de « La Maison Rose » à Nice, le 14 février 1974, Bosco, que l’on voit en train de lire devant Claude Girault un extrait d’Une Ombre, invitait à « bien ouvrir » ce livre troublant : « Regardez-le bien. Sur les pages je lis la pensée de la lampe. C’est déjà une pensée… bientôt vont arriver les songes ».

 

 

Christian Morzewski