Des sables à la mer


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L'HISTOIRE :

Pages marocaines paraît en 1948 à Casablanca, aux éditions de la Galerie Derche avec des illustrations de Louis Riou. Il sera repris dans l'édition Gallimard de Des Sables à la mer, en 195O. Pages marocaines n’y figure pas sur la couverture, mais sur la page de titre, en dessous de Des Sables à la mer».

Henri Bosco a vécu au Maroc, à Rabat, du 29 septembre 1931 au 9 avril 1955. Ce pays qu'il a profondément aimé tient une place importante dans un seul de ses romans, L'Antiquaire (1954). C'est dans Des Sables à la mer qu'il lui rend le plus éclatant et le plus significatif des hommages. Sites et Mirages ( Gallimard, 1951) préalablement édité à Casablanca, Ed. de la Cigogne, 1950, concerne Alger.

Le chapitre le plus long (71 pages) de Des Sables à la mer, intitulé Sanctuaire, en représente certainement le sommet, par sa beauté et par sa richesse. Il est aussi le plus ancien, car H. Bosco commença à le publier (il s'appelait alors Chella) en septembre,/ octobre 194l sous forme de trois articles dans La Tunisie Française littéraire. La parution se continua en janvier 1942, dans la revue Quatre-Vents, puis en juin 1943 dans TAM et enfin en 1947 dans les Cahiers du Sud, n° L'Islam et l'Occident, 1947 jusqu'à l'édition de 1948 en livre de luxe (Pages marocaines).

On peut d'abord considérer Des Sables à la mer comme un "guide pour le voyageur" selon l'expression de l'auteur lui-même. Le premier chapitre nous offre en effet un admirable tableau du Moghreb qui s'étend du désert, "la vieille mer de la pierre et du sable, la mer cristallisée, l'inféconde, où sèchent les hommes" jusqu'à l'Océan. Il a pour signe souverain le feu, symbole de ce "continent de la passion" comme l'appelait François Bonjean, ami intime de H. Bosco. On y découvre Rabat et Salé, les "deux villes sur le fleuve", qui est le Bou-Regreg au nom merveilleux: "le père-des-reflets". Une autre ville,Fès, " l'unique", apparaît telle une "cité interdite, un monde à part" qui exige du visiteur qu'il se soumette à une véritable initiation. Pour la comprendre il faut lire les pages sur la maison maghrébine, cet "être", avec "sa pensée-mère", son "cœur caché", le"refuge magique" dont l'alliance est indispensable à l'homme.

Le chapitre consacré à l'Atlas nous introduit insensiblement dans un monde nouveau en nous orientant cette fois vers le "guide pour celui qui sait". Le Maroc n'est pas, pour Bosco, un spectacle exotique haut en couleur que l’on se contente d’admirer de l’extérieur. C’est le lieu privilégié où l’on peut s’approcher de la Connaissance suprême, pressentir et peut-être ressentir le silence, l’ombre et la solitude, l’indicible présence du Sacré. Il fut ainsi donné à H. Bosco de vivre dans une barque, la nuit, sur un lac perdu dans l’Atlas, une expérience spirituelle, de celles qui marquent à jamais l’existence. Plongé dans « l’unité de la nuit », détaché des eaux et de lui-même, il s’est senti descendre dans « l’abîme de l’abolissement » du soi, accéder au « vide », perdre toute conscience du « réel » et disparaître : « dans le vide total j’étais le vide sauf un immatériel contour, » comme disons dans « ce qui n’a plus d’au-delà ». Fusion mystique, instant d’épouvante, de calme et d’accomplissement, d’où l’âme remonte lentement dans un monde qui se reconstitue. « Tout à coup je sentis la fraîcheur des é tendues lacustres et je fus hors de l’eau ». (pp 179-186).

Le lecteur pénètre alors dans le « sanctuaire », Chella, la mystérieuse cité des morts, aux portes de Rabat. En ce jardin sacré ouvert sur l’au-delà, « dépouillés » pour saisir l’Insaisissable […], vous aspirez seulement à cette âme qui vous illumine de son invisibilité […] les couronnes d’âmes entrent en sympathie avec les astres […], « sur des terrains spirituels d’une densité singulière ». Toute frontière s’abolit. « Les secret est dans ce silence. Il n’est pas défaut de parole, mais présence de soi si proche que le moindre chuchotement en deviendrait inutile. Tout se tait car tout se pénètre » (p. 89).

Tel fut, pour H. Bosco, le don précieux entre tous de la terre et de l’âme marocaines.


Claude Girault





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