Le chemin de Monclar


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L'HISTOIRE :

Voici donc d'autres souvenirs. Ils concernent le même enfant, ils ramènent parfois les même personnages. Mais il y en a de nouveaux. Les uns et les autres reviennent suivant leur fantaisie habituelle, probablement pour le seul plaisir d'être là. Ils n'avaient pas tout dit, ou n'avaient encore rien dit. Ils apparaissent pour le dire. C'est en somme une marque d'amitié. Pour la plupart, il ne s'agit que de petites gens, qui pensent nous intéresser avec leur humbles aventures. Et pourquoi pas ? Il s'en trouve qui sont plaisantes, il s'en trouve aussi de modestement dramatiques. Mais les hommes, petits ou grands n'en sont pas moins des hommes. Les même forces les animent tous. Ce qui agite des acteurs illustres sur les grandes scènes du monde, agite aussi dans leur obscurité les simples ignorés de tous. On voit les uns et les autres. Non ce n'est, au fond, qu'une différence fictive. Tètes et coeurs sont sortis de la même main, et ainsi, tous nous intéressent.

C'est de nous qu'on parle... oserai-je le dire ?... Il y avait sans qu'il le sut, sous le Képi municipal du père Jouve - qui fut mon père nourricier et huissier de la ville - le même univers terrestre et astral que sous le chapeau solennel dont se coiffait alors la tête de M. le Maire qui n'en savait pas davantage sur cette humaine parenté. Il en eut peut-être rougi. Mais il dût l'ignorer jusqu'à la fin. C'était fatal. Il était en haut, l'autre en bas. Il faut en effet, tant de coeur pour franchir de telles distances !... De si lointaines parentés ne sont guère communicables qu'à ceux qui, ayant besoin d'être aimés, peuvent en retour n'être pas tout à fait insensibles à une infime condition humaine. Il y en a peu, j'en conviens... Si ces modestes souvenirs ont, par hasard, quelque mérite, ce sera à cause de ce simple amour que j'ai gardé pour quelques-unes de ces Ombres.






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